Le français : un obstacle à l’entrée dans la profession ?

Français-obstacle professionL’obligation de maîtriser le français pour être membre de l’Ordre des ingénieurs du Québec a fait l’objet de nombreuses discussions au cours des derniers jours. Certains y voient une mesure incompatible avec les besoins de certains employeurs qui opèrent dans des secteurs où les activités sont fortement mondialisées. Nous avons voulu explorer la question un peu plus en profondeur. 

Il est vrai que la Charte de la langue française stipule que seules les personnes qui ont une connaissance de la langue française appropriée à l’exercice de leurs fonctions peuvent être membres d’un ordre professionnel québécois. Tous les ordres professionnels doivent tenir compte de cette obligation lorsqu’ils délivrent un permis de pratique.

 

Deux solutions transitoires

Ceci dit, il est important de comprendre qu’il existe des solutions transitoires pour les professionnels de l’extérieur du Québec qui viennent pratiquer chez nous. Ainsi,  en vertu  de l’article 41 du Code des professions, et selon les dispositions des articles 35, 37 et 38 de la Charte de la langue française, l’Ordre des ingénieurs du Québec peut délivrer des permis temporaires à des ingénieurs de l’extérieur du Québec  qui viennent travailler sur des projets spécifiques mais qui ne maîtrisent pas nécessairement le français. La vaste majorité de ces ingénieurs n’a pas l’intention de faire carrière au Québec et, dans les faits, ils repartent effectivement une fois le projet terminé. À titre d’exemple, plusieurs ingénieurs espagnols venus travailler sur le projet de l’autoroute 30 s’étaient prévalus de ce type de permis. Au 31 mars 2014, 46 ingénieurs détenaient ce type de permis.

Une autre avenue existe pour les professionnels formés à l’extérieur du Québec qui prévoient s’installer au Québec de manière permanente mais qui, au moment de leur demande de permis, ne remplissent pas les exigences de connaissances de la langue française. En vertu de l’article 37 de la Charte de la langue française, l’Ordre peut en effet délivrer un permis temporaire valable pour une période d’un an. Ce permis étant renouvelable trois fois, les ingénieurs qui le détiennent ont donc jusqu’à quatre années pour atteindre le niveau de connaissance requis par les examens de l’Office de la langue française. Au 31 mars 2014, 55 ingénieurs détenaient ce type de permis.

 

6 000 professionnels formés à l’étranger

Le nombre d’ingénieur se prévalant des solutions transitoires évoquées plus haut est relativement minime lorsqu’on le compare à l’ensemble des quelque 60 000 membres de l’Ordre. La vaste majorité des professionnels formés à l’extérieur du Québec (dans le reste du Canada ou ailleurs dans le monde) empruntent en effet la voie régulière donnant accès au permis d’ingénieur junior, puis d’ingénieur de plein titre.

En ce qui concerne spécifiquement ceux qui sont formés à l’étranger, les résultats de l’Ordre en matière d’accueil et d’intégration placent l’Ordre parmi les chefs de file au sein du système professionnel québécois. En 2013-2014, près de 27 % des 3 079 nouveaux membres de l’Ordre des ingénieurs du Québec étaient des diplômés d’établissements étrangers. Globalement, plus de 10% de l’ensemble des membres de l’Ordre sont actuellement des professionnels qui ont été formés à l’étranger.

Environ la moitié d’entre eux proviennent de la France, d’autres pays membres de la Francophonie (ex. : Roumanie), ou de pays où le français est parlé par une proportion importante de la population (ex. : Algérie). L’autre moitié des membres de l’Ordre qui ont été formés à l’étranger – soit environ 3 000 personnes – provient d’une très grande variété de pays. On note par exemple une augmentation importante du nombre de membres en provenance de pays d’Amérique latine. Des chiffres qui montrent de façon éloquente que les exigences linguistiques ne constituent pas une insurmontable barrière à l’entrée !

Certains membres auront des divergences d’opinions ou voudront formuler des commentaires et poursuivre la discussion sur le présent billet. Nous vous invitons à venir sur le fil de discussion de notre groupe LinkedIn.

 

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